Jean-Marc Strauven Restons en contact
Couverture de Réputé protégé

Vos photos vivent sous une licence mondiale que vous avez accordée d’un clic. Votre téléphone ne vous écoute pas — il n’en a pas besoin, vous avez tout déclaré vous-même. Et l’amende record dont tout le monde parle vaut trois jours de chiffre d’affaires de l’entreprise punie.

Douze clauses. Le contrat que tout le monde a signé — enfin lu.

Les 7 500 clients qui ont vendu leur âme un 1er avril. La chambre gavée de publicités pour croquettes où aucun téléphone n’écoutait. Le bénévole épuisé par qui une porte dérobée a failli entrer dans tous les serveurs du monde. Et la classe d’Helsinki où des enfants de dix ans apprennent ce qu’on ne nous a jamais appris.

Chaque chapitre s’ouvre sur un extrait authentique — conditions d’utilisation, licence, notification — cité mot pour mot et daté : la machine parle d’abord, l’auteur la traduit ensuite, en langage humain, avec des faits vérifiés et des histoires vraies.

Le numérique est un contrat que personne ne lit — et notre indignation vise le mauvais coupable. L’utilisateur s’estime volé de ce qu’il a donné ; l’État punit au lieu d’éduquer ; et chacun clique, réputé protégé, sur des conditions que seul l’accusé a lues.

Vous êtes réputé protégé. Libre à vous de l’être réellement.

Par l’auteur de « Réputé conforme » et « Réputée intelligente ». Écrit avec l’assistance d’une intelligence artificielle — vérifié, choisi et assumé par l’auteur.

La bande-annonce

Où le lire

Le lien Books2Read mène aussi à l'ebook chez Kobo, Apple Books, Barnes & Noble, Tolino, Vivlio, Smashwords, Everand, Fable et Bookshop.org, et il est proposé aux bibliothèques via OverDrive, cloudLibrary, BorrowBox, Hoopla, Vivlio Libraries.

Les premières pages

Vous avez signé un contrat. Probablement plusieurs dizaines. Le premier remonte peut-être à quinze ou vingt ans — une case cochée entre l'invention d'un pseudonyme et le choix d'une photo de profil — et vous en avez signé un autre pas plus tard que cette semaine, en installant une application ou en balayant une fenêtre qui vous barrait la route. Vous ne vous en souvenez pas, et c'est normal : personne ne s'en souvient. Ces contrats ont pourtant une particularité qui les distingue de tout ce que vous avez signé d'autre dans votre vie — bail, assurance, crédit, embauche : ce sont les seuls dont vous n'avez jamais lu une ligne. Ce livre est né d'un agacement, et autant l'avouer d'entrée. Pas contre les géants du numérique — d'autres s'en chargent, avec constance. Contre une conversation. Celle qu'on entend partout — au café, dans les médias, dans les discours publics — et qui répète en boucle les mêmes phrases : ils nous volent nos données. Mon téléphone m'écoute. On n'a pas le choix. Heureusement, le RGPD nous protège. Ces phrases m'agacent, non parce qu'elles accusent — il y a de quoi accuser — mais parce qu'elles sont fausses, chacune à sa manière, et que leur fausseté a un coût : elles désignent le mauvais coupable, réclament le mauvais remède, et dispensent tout le monde — l'utilisateur, l'État, le commentateur — de regarder la seule pièce du dossier qui compte : le contrat. Celui que vous avez signé. Celui que personne n'a lu. Alors ce livre fait une chose simple, qui n'avait curieusement jamais été faite : il le lit pour vous.

Le titre mérite un mot. Réputé, en droit, signifie « tenu pour tel, quelle que soit la réalité » : le contrat signé est réputé lu, même par les 91 % qui ne lisent rien ; le consentement cliqué est réputé libre et éclairé, même à la quarantième fenêtre de la journée. Et vous, utilisateur, êtes réputé protégé — par un règlement européen que vous n'avez pas ouvert, par des amendes records dont vous ne verrez jamais un centime, par des bandeaux que votre pouce traverse sans que vos yeux s'arrêtent. Tout un appareil proclame votre protection ; ce livre mesure l'écart entre cette proclamation et la réalité de vos gestes quotidiens. C'est le troisième volet d'une série qui explore le même écart — après un foyer réputé conforme et une machine réputée intelligente —, mais il se lit seul, et il est le seul des trois à parler directement de vous. Sa forme découle de son sujet : puisque le problème est un contrat que personne ne lit, le livre est construit comme ce contrat. Douze clauses, trois parties. La première — le don — établit ce que deviennent vraiment les photos, les mots et les traces que vous publiez : ce qui est donné est donné, et aucun bouton ne le reprend. La deuxième — le prix — démonte le mot le plus rentable de l'histoire du commerce, « gratuit » : qui paie les machines, ce que vaut votre attention, ce que vous devez (rien) à ceux qui vous donnent leur code, et ce que signifie réellement « on n'a pas le choix ». La troisième — le faux protecteur — inspecte le bouclier officiel : ce que le RGPD protège et ne protégera jamais, ce que pèsent les amendes records, ce que vaut un consentement recueilli quarante fois par jour, et à qui revient, au bout du compte, le travail de vous défendre. Chaque clause s'ouvre sur un extrait authentique — conditions d'utilisation, licence, bandeau, notification — cité mot pour mot et daté : la machine parle d'abord, on la commente ensuite. Vous découvrirez ainsi, dans le texte, des phrases que vous avez signées ; c'est une expérience étrange, et elle est le cœur de ce livre. Deux avertissements, pour finir, qui sont le contrat de lecture — celui-ci, lisez-le. Le premier : ce livre va vous contrarier, par méthode. Il soutient que l'indignation numérique ordinaire se trompe de cible — que les GAFAM ne volent pas ce qu'on leur donne, que la publicité est un prix et non une agression, que l'État qui inflige des amendes spectaculaires protège son registre plus que ses citoyens, et que le premier responsable de votre situation numérique est le signataire de vos contrats : vous. Cette ligne est dure à première lecture ; elle n'est pas un procès. Il ne s'agit pas de vous accabler — ne pas lire un contrat de vingt mille mots renouvelé sans préavis est, on le verra, la seule réponse rationnelle à un système qui rend la lecture impossible — mais de vous rendre quelque chose que le récit de la victime et le récit du protecteur vous confisquent l'un comme l'autre : vos leviers. On ne négocie pas quand on se croit volé ; on ne lit pas quand on se croit gardé. Lucide, on fait les deux. Le second : ce livre n'est pas un plaidoyer pour les plateformes, et il le prouvera pièce en main. Les abus réels — l'extraction clandestine, la négligence, les interfaces truquées — y sont nommés, datés, et leurs sanctions saluées ; les captivités réelles — quand l'école, l'employeur ou le guichet public vous imposent une plateforme — y sont désignées comme le vrai chantier de la puissance publique. La thèse n'est pas que le système est innocent ; elle est que votre colère, mal adressée, est son meilleur allié — et que la seule protection qui ait jamais fonctionné, dans toute l'histoire récente du numérique, tient en un mot que vous trouverez à chaque clause : savoir ce qu'on signe. Un contrat vous attend à la page suivante. Pour une fois, quelqu'un l'a lu. Bonne lecture — au sens plein, cette fois.

FIN DE L'AVANT-PROPOS

La suite dans le livre.

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