Jean-Marc Strauven Restons en contact
Couverture de Rayé d'office

Forest, juin 1956.

Un homme est trouvé mort le long de la voie, en bas de la brasserie. Pas de papiers, pas de nom, rien dans les poches. La brigade conclut en une heure : un vagabond tombé d’un train. Dans quinze jours, il descendra dans une fosse sous un numéro.

Joseph Vermeiren, agent de quartier, connaît onze cents personnes par leur nom. C’est la seule chose qu’il sache faire.

Et il est certain d’avoir déjà vu ce visage.

De la place Saint-Denis aux brasseries de Lembeek, il va remonter une piste que personne ne cherche — et découvrir qu’en 1943, dans sa propre commune, six mots écrits au bas d’un rapport ont suffi à effacer un homme du registre de la population.

Tout était légal. C’est bien le problème.

Les rues, les bâtiments, les lois et les dates de ce livre sont réels et vérifiés. Les personnages, non : aucun d’eux n’a existé.

Ce qu'en disent les lecteurs

« On ne s’ennuie pas pour autant, l’écriture est fluide et précise et j’ai été très curieuse d’avoir le fin mot de l’histoire. »

Roxanne, 4/5 — Babelio, rokoko54

« Joseph est un enquêteur qui nous laisse une petite place dans son enquête, on cherche avec lui, on émet des hypothèses, on vit l'enquête avec lui. »

Mimi, 18/20 — Instagram, @lesaventuresde_mimi

« Une histoire qui mêle mystère et faits historiques, et qui nous rappelle qu’un simple document peut parfois changer une vie. »

Stesia, 18/20 — Babelio, projettechstesia

« J’ai adoré cette histoire […], je vous le conseille fortement ! »

Edwina, 18/20 — Instagram, @books.edwina

« Une histoire intéressante et bien menée. J’avoue avoir eu un petit pincement au cœur à la fin, mais j’ai vraiment beaucoup aimé cette enquête. »

Soukie, 18/20 — TikTok, @08dreamweaver14 · Amazon, 5/5

« Une lecture fluide et rapide qui donne très envie de retrouver Joseph dans une prochaine enquête. »

Jessie, 4/5 — Babelio, Jessie86

« Ce qui m’a particulièrement plu, c’est que l’enquête ne repose pas sur la violence, mais sur la volonté de comprendre. »

Les Mondes de papier, 4/5 — Instagram, @lesmondesdepapier_

« Une enquête courte et accessible, portée par un personnage déterminé. »

Alex, 16/20 — Blog, Les Tests d'Alex

« Livre qui se lit très rapidement. Pour ma part, je l'ai lu en une soirée. Un bon livre à lire entre deux gros thrillers. »

Angel, 4/5 — Amazon

« Le livre fait vraiment réfléchir sur la façon dont une personne peut être oubliée ou réduite à un simple numéro. »

Loona, 4/5 — Instagram, @les.lectures.de.loona

La bande-annonce

Écouter le premier chapitre

Chapitre 1 lu en entier, 11 minutes. Lecture par une voix de synthèse.

Le livre audio complet est en vente : Livre audio MP3

Où le lire

Le lien Books2Read mène aussi à l'ebook chez Kobo, Apple Books, Barnes & Noble, Tolino, Vivlio, Smashwords, Everand, Fable et Bookshop.org, et il est proposé aux bibliothèques via OverDrive, cloudLibrary, BorrowBox, Hoopla, Vivlio Libraries.

Les premières pages

Le téléphone avait sonné à cinq heures vingt, ce qui n'arrivait pas.

Joseph Vermeiren notait l'heure par habitude, sur le petit carnet qu'il gardait dans sa poche intérieure depuis dix-huit ans, et il la nota. Cinq heures vingt. Puis il écouta sans rien dire, parce que l'homme au bout du fil parlait vite et qu'il n'y avait rien à répondre.

Un corps le long de la voie, à hauteur de la brasserie.

Il raccrocha. Le couloir sentait la cire et le café de la veille. Il resta un instant immobile, à écouter le silence de l'étage : sa femme n'avait pas bougé, aucune des filles non plus. Au bas de l'escalier, leurs trois paires de chaussures étaient rangées côte à côte, du plus grand au plus petit, comme elles l'étaient tous les soirs depuis qu'il y en avait trois.

Il enfila sa vareuse dans le noir, sans allumer, par égard pour elles et parce qu'il connaissait la disposition de chaque meuble mieux que la lumière ne la lui aurait montrée. Le drap était déjà trop chaud pour la saison. Il laissa la pèlerine au portemanteau.

Dehors, il faisait clair, et l'air avait cette fraîcheur mouillée qui ne tient pas deux heures. Juin.

La rue de Liège tenait dans quarante pas. C'était une rue qui ne menait nulle part, coincée derrière la maison communale, et Joseph l'avait choisie pour ça. En quarante pas il était à son bureau. En cent, il était sur sa place. Un agent de quartier qui habite loin de son rond n'est pas un agent de quartier, c'est un employé qui se déplace.

Il n'alla pas vers la place.

Il prit à gauche, vers le bas, et cela seul suffisait à lui gâcher la journée. Le corps n'était pas chez lui. Le corps était de l'autre côté des voies, et de l'autre côté des voies, Joseph Vermeiren n'était personne.

Il fit le chemin à pied, comme toujours. Il n'avait jamais eu de vélo. Un homme de sa taille sur un vélo, disait-il, ça fait rire les enfants, et un agent de quartier ne peut pas se permettre de faire rire les enfants avant huit heures du matin.

Il mesurait un mètre nonante-trois. C'était le premier chiffre inscrit sur sa carte d'identité, avant même sa profession, et il avait fini par trouver ça juste. Les gens ne retenaient rien d'autre. Ils oubliaient son prénom, ils hésitaient entre Monsieur Joseph et Jef selon la langue dans laquelle ils avaient été élevés, mais ils se souvenaient tous de la taille. Il n'avait jamais eu besoin d'élever la voix. Il lui suffisait d'entrer dans une cuisine et de rester debout.

Le casque, en revanche, ne lui allait pas.

C'était un casque blanc, réglementaire, et la commune n'en faisait pas de plus grands. Il posait dessus, un peu haut, un peu en arrière, et il lui laissait sur le front une marque rouge qui mettait une heure à partir. Les gosses de la place l'avaient remarqué avant tout le monde, comme les gosses remarquent tout, et Joseph le savait. Il le portait quand même, tous les jours, parce qu'un agent de quartier sans son casque est un homme comme un autre, et parce qu'on doit pouvoir le reconnaître de loin, du bout de la rue, quand on a besoin de lui.

Les volets étaient encore fermés. Il passa le long du mur de l'abbaye, où la pierre gardait le froid de la nuit et le rendait au passage, et ses pas sonnaient plus fort qu'il n'aurait voulu. Un merle s'égosillait quelque part au-dessus des jardins. Chez le boulanger de la rue, la lumière était allumée depuis longtemps déjà, et l'odeur passait sous la porte.

Puis la cloche de Saint-Denis sonna la demie, dans son dos, et il ne l'entendit pas vraiment, comme on n'entend pas sa propre respiration.

La vallée s'ouvrit devant lui.

C'était l'affaire de huit cents mètres, et pourtant on changeait de monde. Derrière lui, l'église, l'abbaye, les maisons basses, mille ans de gens qui avaient une adresse. Devant lui, l'autre bord : les cheminées, les hangars, les murs noirs de suie, les fenêtres à petits carreaux gris. Et l'odeur.

L'odeur, on ne s'y faisait pas.

Elle changeait selon l'heure, selon le vent, selon ce qu'on brassait. Le matin, c'était le plus lourd : une odeur sucrée de pain mouillé, de mélasse et de grain chaud, qui montait avec la vapeur des toits, se couchait sur les jardins et remontait jusqu'à la place. Les femmes du haut s'en plaignaient à chaque kermesse. Les femmes du bas n'en parlaient pas, parce qu'elles n'avaient plus de nez pour ça depuis longtemps, et parce que cette odeur payait le loyer de trois maisons sur quatre.

Il passa sous le pont de Luttre. La brasserie ne dormait jamais tout à fait : on entendait derrière les murs le ronflement continu d'une machine, et de temps en temps le raclement d'un chariot sur du pavé mouillé.

La tour Wielemans était là, énorme, au coin de l'avenue, avec ses fenêtres qui montaient sur cinq étages comme celles d'une cathédrale de brique. Vingt-cinq ans qu'elle était debout et Joseph ne s'y était toujours pas fait. Il y avait dans cette commune une église romane où dormait une sainte, et un bâtiment quatre fois plus haut où l'on faisait de la bière, et personne ne trouvait à redire.

Deux agents attendaient sur le ballast, plus loin, avec un homme du chemin de fer en casquette. On voyait leurs silhouettes de dos, tournées vers quelque chose qu'ils ne regardaient pas vraiment. L'un des deux fumait, le bras le long du corps, en tenant sa cigarette à l'envers dans le creux de la main.

Joseph descendit le talus. L'herbe était haute et trempée de rosée ; en trois enjambées il eut le pantalon mouillé jusqu'au genou.

Sous ses semelles, à chaque pas, le charbon craquait.

Il y en avait partout. Il y en avait toujours eu. Les machines en perdaient des morceaux tout le long, à chaque secousse d'aiguillage, et le ballast en était semé jusqu'à Ruisbroek. Les gosses venaient le ramasser dans des seaux, le dimanche, quand personne ne les voyait, et les gendarmes fermaient les yeux parce qu'il aurait fallu être une belle ordure pour arrêter un enfant qui ramasse du charbon tombé tout seul.

Joseph regarda ses chaussures un instant. Puis il releva la tête.

— Il est là, dit un des agents.

L'homme était couché sur le côté, un peu en contrebas, à trois mètres de la voie. Il n'était pas déchiqueté. C'était la première chose que Joseph remarqua, et ce fut aussi la première qui le dérangea. Quand un train prend quelqu'un, ça se voit. Là, l'homme était presque en ordre. On aurait dit qu'il s'était allongé.

Joseph s'accroupit, ce qui, chez lui, était une manœuvre.

Cinquante ans, peut-être un peu plus. Maigre, avec le cou creusé et les tempes grises. Rasé de la veille, pas du matin. Une mouche se posa sur sa joue, repartit, revint.

Le veston était sombre, usé aux coudes, mais brossé, et il portait sur toute l'épaule une pellicule de rosée si régulière que Joseph la regarda un long moment. Elle ne s'était pas déposée en une heure.

Les mains étaient propres, les ongles coupés court et carrés. À l'intérieur de l'index droit et sur le gras du pouce, la peau était jaunie et lisse, durcie comme du buis. Une main qui faisait chaque jour le même geste. Joseph ne sut pas lequel.

La suite dans le livre.

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