Domicile inconnu
Tome 1
Forest, 1984. Laurent a douze ans. Il habite avec sa mère et son frère une maison où son père n’habite plus, et c’est lui qui…
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Laurent Van Praet, tome 2
Roman policier
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Halle, 1990. Laurent Van Praet a dix-huit ans, son permis, une voiture, et un travail aux caisses d’une grande surface d’Anderlecht — dans le même magasin que sa mère.
Un samedi d’octobre, un client de soixante-cinq ans demande de changer le nom sur sa carte. Trente secondes, pas un document, pas une question. Laurent le fait.
Les semaines suivantes, le nom est différent et tout le reste est identique : même jour, même heure, mêmes achats. À une caisse, on apprend à lire les gens par leurs habitudes.
Il va imaginer une fraude, une double vie, une dette. Il se trompe partout. La réponse est qu’un homme a eu peur, en 1962, et qu’il en a honte aujourd’hui.
Deuxième tome de la série Laurent Van Praet, après Domicile inconnu. Il se lit seul.
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De Halle au magasin, il y avait quatorze kilomètres et trois cents mètres, et je ne les comptais plus. La voiture le faisait pour moi, dans un petit cadran sous le compteur, avec des chiffres qui tournaient, et je remettais le petit cadran à zéro tous les matins en tournant la molette. Ce n'était pas pour savoir. Je savais. C'était parce que le cadran était là.
La voiture était une petite blanche, d'occasion, achetée à un cousin de Rik qui la vendait « pour rien », et qui avait raison. Elle tenait. Le matin, quand il faisait froid, il fallait tirer le starter et attendre, et pendant qu'on attendait on regardait la rue, la haie du voisin, le panneau au bout de la rue avec le nom de la rue écrit dedans, un nom que je ne prononçais jamais à voix haute parce qu'on n'a pas besoin de prononcer le nom de sa propre rue.
Je partais à six heures vingt. Maman partait à six heures dix, avec la voiture de Rik, parce que Rik commençait plus tard et qu'il la conduisait ensuite jusqu'à son propre travail, et qu'ils avaient arrangé ça entre eux à la table de la cuisine, un soir, en néerlandais, pendant que je faisais semblant de ne pas comprendre. Je comprenais. On comprend toujours ce qui vous concerne, même dans une langue qu'on parle mal.
Alors on partait au même endroit à dix minutes d'écart, chacun dans une voiture, et on arrivait au même parking, et on pointait la même pointeuse. Elle avait un badge et moi j'avais un badge. Le sien était usé sur le bord, à force d'être passé dans la fente dans le même sens depuis six ans. Le mien était neuf. C'était la seule différence qu'on voyait sur les badges.
*
La frontière, on ne la voyait pas.
Il n'y avait rien sur la route. Pas de barrière, pas de panneau qui dise qu'on changeait de quelque chose. Il y avait la chaussée de Mons, Zuun, Negenmanneke, des maisons collées les unes aux autres, des garages, et à un moment donné les plaques des rues n'étaient plus écrites de la même façon. Avant, il y avait un seul nom sur la plaque. Après, il y en avait deux, l'un sous l'autre, et c'était le même nom dit deux fois. C'est comme ça qu'on savait qu'on était arrivé à Bruxelles : parce que tout était dit deux fois.
Je faisais ça tous les matins. Je partais d'un endroit où tout était dit une fois, dans une langue, et j'arrivais dans un endroit où tout était dit deux fois, et je passais la journée à choisir laquelle des deux.
Parce que c'est ça, une caisse, en fait. On ne s'en rend pas compte avant d'y être. Quelqu'un arrive avec son chariot, il pose ses affaires sur le tapis, et avant de toucher au premier article il faut lui dire bonjour, et pour dire bonjour il faut avoir choisi. On a une demi-seconde. On regarde la personne, on regarde ce qu'elle a mis sur le tapis, on regarde son manteau, sa tête, la façon dont elle tient son portefeuille, et on dit « bonjour » ou on dit « goeiedag », et on a rangé quelqu'un dans une case avant qu'il ait ouvert la bouche.
Je le faisais cinq cents fois par jour. Je ne me trompais pas souvent. Mais quand je me trompais, la personne ne disait rien : elle répondait dans l'autre langue, simplement, et on continuait comme ça, chacun dans la sienne, et ça se passait très bien, et il restait quelque chose de pas net entre nous jusqu'au ticket.
*
Le magasin ouvrait à huit heures et demie. On arrivait à sept heures pour les caisses, parce qu'il fallait compter le fond.
Le fond, c'était ce qu'il y avait dans le tiroir avant le premier client. Chaque caisse avait le sien, dans une boîte en plastique gris avec un couvercle et un numéro, et on allait le chercher à l'arrière-bureau. On le comptait devant monsieur Ceulemans, ou devant personne si monsieur Ceulemans était occupé, et on signait dans un registre à colonnes que la somme était bonne. Elle était toujours bonne. On comptait quand même. Le soir, on recomptait, on soustrayait le fond, et le reste devait être le chiffre de la caisse, et si ce n'était pas le chiffre, on recommençait jusqu'à ce qu'on trouve pourquoi.
J'aimais le fond. Je crois que c'est pour ça que j'ai tenu un an à cette place-là.
J'étais entré en juillet, comme jobiste. Un mois, comme les autres — il y en avait cinq, des garçons et des filles de mon âge, qui mettaient les tickets à l'envers dans la pochette et qui comptaient le fond en parlant. Ils sont repartis à l'école le premier septembre. Moi, je n'avais plus d'école. L'école s'était arrêtée en juin, un vendredi, avec un papier, et personne n'avait demandé ce que je ferais après, parce que la réponse était dans la voiture de Rik à six heures dix : ce que faisait maman.
Le dernier vendredi d'août, en signant mon fond du soir, monsieur Ceulemans n'a pas levé la tête, et il a dit :
« Tu restes ?
— Comment ça ?
— Après. En septembre. Tu restes, ou tu retournes à l'école ?
— Je ne retourne pas.
— Alors tu restes. »
Il a signé. Il a tourné le registre vers moi pour que je signe aussi, et il a dit, en rebouchant son stylo :
« Je te fais un contrat. Un vrai. Le même que ta mère, avec moins d'années dessus. Tu passes lundi au bureau. »
C'est tout. C'est comme ça qu'on commence à travailler : quelqu'un demande si on reste, sans lever la tête, et on reste. Le lundi, au bureau, une dame m'a fait signer trois feuilles, et sur la première il y avait mon nom, tapé à la machine, avec une faute au prénom qu'elle a corrigée au bic, et j'ai regardé la faute corrigée plus longtemps que le reste. C'était vingt minutes le matin et vingt minutes le soir où les chiffres devaient tomber juste, et où ils tombaient juste, et où quelqu'un signait à côté.
L'arrière-bureau, c'était une pièce derrière les caisses, avec une porte qui disait PRIVÉ en deux langues. Il n'y avait rien de privé dedans. Il y avait un percolateur qui faisait du bruit, des palettes de papier pour les tickets, des classeurs qui ne fermaient plus, un tableau de liège avec les horaires épinglés, et une grande boîte en bois, sur une étagère, qu'on appelait « les cartes ».
Les cartes, c'était les cartes clients. Les gens en avaient une, en carton fort, de la taille d'une carte de visite, avec le nom du magasin imprimé dessus et un numéro tamponné, et quand ils passaient à la caisse ils la donnaient avant de payer, et on écrivait le numéro en haut du ticket, et on gardait le double du ticket dans une pochette, et à la fin de l'année quelqu'un additionnait tout ça à la main et ils avaient un bon. Ça, c'était le côté du client. Le côté du magasin, c'était la boîte. Pour chaque carte il y avait une fiche cartonnée, écrite à la main, rangée dans la boîte par numéro, avec le nom, l'adresse, la date d'ouverture, et un petit tableau au dos où quelqu'un écrivait le bon de fin d'année, année après année. Certaines fiches étaient jaunes. Certaines avaient été écrites avec un stylo dont l'encre avait passé au brun. Il y en avait qui dataient d'avant que j'aie appris à lire.
La suite dans le livre.
Tome 1
Forest, 1984. Laurent a douze ans. Il habite avec sa mère et son frère une maison où son père n’habite plus, et c’est lui qui…
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Tome 3
Roosdaal, 2026. Laurent Van Praet a cinquante-quatre ans, sa mère quatre-vingt-trois, et il vient de s’apercevoir qu’il ne sait…
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