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Couverture de La maison qui se tait

La maison qui se tait

L'Envers, tome 1

Roman ado

Tome 1 : la maison de Léna, et ce qui monte de sa cave.

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CE QU’ON TAIT DEVIENT RÉEL LA NUIT.

À Fervières, tous les adolescents voient ce que les adultes ont oublié : l’Envers. La même rue, la nuit, du côté de ce qu’elle tait. Des ombres qui montent le long des façades. Une par silence.

Léna Falk, quatorze ans, vient de découvrir que la façade la plus noire de la ville est la sienne. La chose qui sort de sa cave a quinze ans — un an de plus qu’elle. Elle monte de onze centimètres par mois. Et son petit frère dort juste au-dessus.

Il reste quatre mois.

Pour sauver Théo, Léna va apprendre le métier de veilleuse : écouter les silences, les nommer, les consigner. Et découvrir que celui qui ronge sa maison porte le nom de son propre père.

Une seule chose tue un Tu : que celui qui se tait parle. Personne ne peut le faire à sa place.

L’ENVERS, tome 1 — une saga fantastique en six tomes, dès 13 ans.

La bande-annonce

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Les premières pages

Le cri a réveillé Léna à trois heures huit.

Elle était debout avant d'être réveillée, pieds nus sur le plancher froid, le cœur en train de cogner pour deux. Le cri s'était arrêté net, et c'était pire : la maison entière écoutait.

— Théo ?

Sa chambre était vide. Les draps rejetés en tas, le petit creux encore tiède, la veilleuse allumée sur la commode.

— Théo !

Elle a dévalé l'escalier en s'écorchant la main sur la rampe.

Il était en bas.

Il se tenait au fond du couloir, debout, immobile, les deux pieds nus sur le carrelage, en pyjama. Il faisait face à la porte de la cave et il avait posé sa main droite à plat dessus, à hauteur de sa tête, comme on pose la main sur le flanc d'un cheval.

Il dormait.

— Théo.

Il n'a pas bougé. Ses yeux étaient ouverts et ils ne regardaient rien.

Léna a fait trois pas et s'est arrêtée. Elle avait six ans de plus que lui et elle n'avait aucune idée de ce qu'on fait dans ces cas-là. Le couloir sentait le froid. Le pyjama de Théo était trempé sur le devant et collait à ses jambes, et il n'avait pas l'air d'avoir froid du tout.

— Théo, c'est moi.

Elle a touché son épaule.

Il a sursauté comme si on l'avait ébouillanté, il a hurlé une deuxième fois, court, un cri de bête, et il s'est mis à trembler de partout en regardant sa sœur sans la reconnaître.

Puis la lumière du couloir s'est allumée.

Ce qui a suivi a duré onze minutes et Léna les a comptées, plus tard, en regardant le réveil de la cuisine.

Sa mère est descendue. Elle n'a pas crié, elle n'a pas demandé ce qui s'était passé, elle n'a pas dit mon Dieu. Elle a traversé le couloir, elle a pris Théo sous les bras, elle l'a soulevé contre elle et elle l'a emporté à la salle de bains, et tout ça avec l'économie de gestes de quelqu'un qui l'a déjà fait.

Il y avait un ordre. Léna l'a vu, cette nuit-là, pour la première fois : c'était une procédure. La lumière du couloir, pas celle du plafonnier — trop violente pour un gamin qui sort du sommeil. Les pieds essuyés sur le tapis de bain avant de le mettre debout dans la baignoire. Le pyjama sale roulé sur lui-même et posé directement dans le seau, pas par terre. Le placard du palier ouvert d'une main pendant que l'autre tenait l'enfant.

On ne fait pas ça en réfléchissant. On fait ça quand on l'a déjà fait huit ou dix fois et qu'on a arrêté de compter parce que compter ferait mal.

Léna est restée dans le couloir.

Elle a entendu l'eau. Elle a entendu sa mère parler tout bas, un flot continu et doux, des mots sans importance — voilà, voilà, lève le pied, l'autre, voilà — et Théo qui ne répondait rien.

Puis Théo a dit quelque chose.

Une phrase entière, d'une voix parfaitement claire, pas du tout une voix de gamin qui pleure.

— C'est arrêté ?

Léna a attendu.

Elle a attendu que sa mère demande quoi, mon chéri ?, parce que c'est ce qu'on demande, parce que c'est la seule chose au monde qu'on demande quand son fils de huit ans dit ça à trois heures du matin dans une baignoire.

Sa mère a dit :

— Oui. C'est arrêté. Lève l'autre pied.

Léna a levé la tête vers le haut de l'escalier.

La porte de la chambre de ses parents était fermée. En dessous, un trait de lumière : la lampe de chevet était allumée.

Son père ne descendait pas.

Léna a fixé ce trait de lumière pendant très longtemps. Assez longtemps pour entendre sa mère sortir Théo de la salle de bains, monter, ouvrir le placard du palier, sortir des draps propres, refaire un lit. Assez longtemps pour que le trait de lumière s'éteigne.

Il ne dormait pas. Il avait éteint.

Elle est montée sans allumer et elle s'est arrêtée devant leur porte.

De l'autre côté, il y avait un homme de trente-sept ans allongé sur le dos dans le noir, et Léna l'a su à une chose : le lit n'a pas fait un bruit. Un lit de vingt ans qui grince sous un simple souffle, et pendant les quatre minutes où elle est restée sur ce palier, il n'a pas grincé une fois.

Il ne dormait pas non plus, et il ne bougeait pas, et il attendait qu'elle s'en aille.

Elle est descendue.

Sa mère est redescendue à trois heures et demie et elle est allée droit à la machine à laver de la buanderie.

Léna était assise à la table de la cuisine. Elle n'avait pas allumé.

— Va te coucher, a dit sa mère depuis le couloir.

— Ça fait combien de fois ?

Le bruit du tambour, le clic du programmateur, l'eau.

— Quoi ?

— Ça fait combien de fois ce mois-ci ?

Sa mère est apparue dans l'encadrement de la porte, un torchon à la main, et elle a allumé la petite lumière au-dessus de l'évier. Elle était en robe de chambre, les cheveux défaits, et elle avait l'air d'avoir quarante ans de plus qu'à table la veille.

— Il est fatigué, elle a dit. Il y a la rentrée, il y a le changement de saison, il fait noir à cinq heures, c'est normal que les enfants dorment mal.

— Quatre.

— Léna.

— C'est la quatrième fois ce mois-ci. Et on est le quatorze.

Sa mère s'est mise à essuyer un plat qui était déjà sec.

Léna s'est levée et elle est allée au calendrier des pompiers accroché à côté du frigo, celui qu'on achète tous les ans et qui sert à noter les rendez-vous chez le dentiste.

Il y avait quatre petits traits au crayon. Le 2. Le 6. Le 9. Et le 14, qu'elle venait de faire.

Elle ne les avait pas mis là en se disant qu'elle enquêtait. Elle les avait mis là parce qu'à un moment, sans y penser, elle avait eu besoin de savoir si elle exagérait.

— Tu comptes ? a dit sa mère.

— Apparemment.

Sa mère a regardé le calendrier. Elle est restée dessus une seconde de trop.

Puis elle a repris son plat.

— Maman, il était debout devant la porte de la cave.

— Il était dans le couloir.

— Il avait la main dessus.

— Il était dans le couloir, a répété sa mère, du même ton, exactement, à la même vitesse, et ce ton-là a fait quelque chose de froid dans le ventre de Léna, quelque chose qu'elle n'a pas su nommer sur le moment.

Elles se sont regardées. Le lave-linge est passé en essorage.

— Il faut peut-être aller voir quelqu'un, a dit Léna.

— Voir qui ?

— Je ne sais pas. Un médecin.

— Pour qu'il dise quoi ? Que ton frère fait des cauchemars ? Ils font tous des cauchemars, à cet âge-là. Toi aussi tu en as fait.

— Je n'ai jamais fait pipi debout dans le couloir à trois heures du matin.

Le torchon s'est arrêté.

Sa mère a posé le plat, très doucement, comme s'il était fragile, et quand elle a relevé les yeux, Léna a compris qu'elle était allée trop loin — mais pas dans le sens qu'elle croyait. Sa mère n'était pas en colère.

La suite dans le livre.

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