Six gouvernements. Neuf parlements. Une facture.
Été 2026 : la Belgique cherche dix milliards. Pierre Delvaux, soixante-quatre ans, vide la maison de son père Léon, chauffagiste dans un village de la province de Namur. Dans le tiroir du bas d'un petit meuble, il trouve, rangées dans l'ordre des années, toutes les lettres à en-tête que l'État a écrites à son père en soixante ans. Les en-têtes ne sont jamais les mêmes : le pays a changé de nom sous les yeux de Léon une demi-douzaine de fois, sans qu'il ait jamais déménagé.
La complexité belge n'est ni un accident ni une bêtise : c'est le prix d'un compromis, qui a évité bien pire que des tableaux compliqués. Mais un compromis dont plus personne ne paie le coût politique, et dont tout le monde paie le coût réel, a cessé d'être un compromis. Il est devenu une rente.
Treize étages, du fédéral au trottoir : les réformes de l'État, les compétences enchevêtrées, les impôts, les communes, les intercommunales, les marchés publics, les listes, le vote obligatoire, les nominations, les dotations, les grands chantiers, l'argent qui se perd en route, et la prochaine réforme. À chaque étage, une lettre du tiroir, ce que le dispositif voulait, ce qu'il coûte vraiment, et pourquoi on ne le réforme pas.
Pas un pamphlet, pas un camp, pas de révélation : tout ce que ce livre raconte est public, daté et sourcé. Il fallait juste quelqu'un pour le lire jusqu'au bout. Et il se lit sans rien connaître de la Belgique.